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Poème à la mer



Inconditionnel, ton coeur est beau et vaste et chaque

étoile peut se mirer dedans
Tandis qu'en secret tu sécrètes un dessein unique pour
tous
Tu roules nos flancs et nous donnes à boire de restes de
nuages
Parfois calme et sans vent
Tu regardes s'agiter la tempête des hommes
et balayes d'une vague vague leurs chagrins ruisselants
Tu ne te laisses pas amadouer par quelques gouttes
d'épuisement ni même par les naufrages qui tu sais
précédent les naissances
Tu portes les bancs de poissons, la multitude de marins
et l'infini du ciel
Embarcation infime, je me plaindrais de ne savoir pas
encore bien naviguer?
Ma mer
Ne m'en veux
La tasse n'est pas trop salée à mon goût
Tu me berces depuis tant d'années sans que je n'aie su
m'éveiller de mon sommeil d'enfant
Et il est bien temps que ton sel les yeux me piquent et
les ouvrent
Mes larmes dessinent des rides de joie sur ton corps
Annonçant un seul ininterrompu transport
Que tu coules d'une eau douce sur nos désirs
En suivant la courbe folle de nos émois
Que l'on aille sur toi d'un pied ferme
En suivant la route de tes courants bienveillants


Le jour vient où fièrement nous porterons la mer dans
l'amour de nos bras.
27.2.05 04:44


Histoire d'un paysage

Je n'ai pas voulu m'empêcher de donner l'asile, en mon asile - du reste ce qui peut se faire de plus correct et
inespéré pour un sans-patrie - coin d'ombre, disais-je, à ces deux arbres enlacés.


Ils auraient été paysans, en d'autres temps, et c'est en travaillant la terre, assidûement, la soignant comme ils eurent fait d'une mère, qu'ils se croisèrent au soleil montant.


Ils comblèrent, l'un l'autre, leurs moitiés retrouvées, sans fastes, sans autres témoins que la rangée de piloselles surplombant les vagues des sillons et les passiflores tapies dans les buissons.


Alors qu'ils s'apprêtaient à reprendre leur tâche, ils échangèrent leurs outils, l'un rajusta le voile de l'autre, l'autre épongea le front de l'un, et chaque jour recommençait par l'aiguillon du besoin, tendu en signe de don.


Au soleil couchant, ils versaient, d'une seule main, leurs libations vers la Terre, où je devine, à présent, les oiseaux mêlés à leurs branches emmêlées, qui tant font défaut, faute de temps, faute d'idées, foi prise en faute, aux plaines silencieuses de la pensée.


Je me racontais cette histoire, les nuits d'innocence, en m'endormant.


Il en reste quelques bribes, intactes, irréductibles, pour les jours avec et pour les jours sans: " Tout amour lié à un contenu défini est éphémère; tout amour qui n'a pas de contenu est infini".

1.3.05 00:11


Ô rage !

Orage ! De ta gloire
fends! les airs viciés de la ville !
Abreuve !
les visages pâles et ces mines petites !
Lave-moi de ces mirages sales de la colère couleur des
sables !
Descends des arbres ! De trombes plus fort les corps
agacent !
Tonne ! Gronde!
les filles passages !
Trace le trait éclair épaisse poudre d'eau !
Dilue l’élue lumière d’averses gouttes de verre !
Tournoie ! Flambe ! De la place !
Que les démons de guerre lasse
peaux gisent poussières !
Vibre ! Vibre ! Que je sonde ta voix par les ondes !
Inonde les terres ! Frémir faire filles rondes !
Une rigole puis deux puis toi puis infini !
Fiers roulis de flancs puissants
dessous les hanches tangue!
Sur le bitume les façades et les gares
coule les siècles !
Peuples
Pitiés debouts courbe dessous courroux oracle !
Je t’aime pas peur je me condense !
Je marche les yeux fermés mon phare !
J’ai même pas peur je veux qu’on danse !
Des humides guirlandes de chaleur coulons la transe !
Liquidons cette terre ! Rage en foi refuyons !
Nous nous creuserons un lac dune d’or !
A la belle étoile, ivre vitrail, seules, les âmes
tremblent !
Viens… quittons le soleil ensemble !
Bruine fête s’annonce ! Filets d’argent ! Sifflets de
vent !
Sous ton aile fluide glisse le parfum des demoiselles !
A l’ombre voir allons ce spectacle d’ombrelles
Ecoute… La tôle viole les sommeils
Les feuilles languides se pâment, l’émail d’écorce luit
Ta grâce brille les métaux, les pierres et les champs de
mer
Fondre fais-moi eau, haut vers d’où tu tombes
Toi et moi voyage nuages en métisse ballade

28.3.05 05:45


****

Il est un très vieux monsieur se découvrant sur le
passage des fées et des jeunes filles égarées. Dans
son chapeau il recueille leurs larmes et puisant dans
leurs âmes en retire un sourire.


Il est un très vieux singe rompu aux arts de la
grimace dont le souvenir vous pourchasse. D'une
pirouette il fait tourner les têtes. Et pris de
tournis lui aussi, se répète.


Il est un drôle de crocodile parfois qui croque Odile.


Il est un vieux poisson se faufilant parmi les
méandres des passions. D'une nage agile et vivace il
charme des sirènes et jamais ne s'en lasse et jamais
ne s'enlace. Incrédule il ondule et il passe.


Il est un malin renard qui jamais de la ruse ne mésuse
mais quand les gestes et les mots abusent son sourire
carnassier vous cloue comme du papier, sa métis fuse
et vous refuse.


Il est un vieux loup blanc hurlant à la mort sur les
hauteurs des steppes où l'air se raréfie. Un loup
errant par les couloirs du temps montrant sa patte
blanche à la vie.


Il est un ancien chameau qui traversa les continents
désolés et glaçés et les contrées arides et sauvages.
Sur le chemin rien ne lui a échappé, au front ses
rides ont les contours de ces paysages. Assoiffé, à
maints mirages de palmeraies il avala les eaux
venimeuses. Loin de succomber en les zones                                                                     dangereuses il en fut fortifié.


Il est un vieux briscard aux sourires goguenards qui a le
don de raconter de drôles d'histoires qui font pleurer
de rire au matin et rire de ses pleurs le soir.


Il est un vieux professeur familier des très vieux
livres. Un jour il otâ ses lunettes puis éteignit une
dernière fois entre ses doigts la flamme de sa bougie.
Du papier fin des reliques, du vieux parfum des
anciens, des théories philosophiques, il lia et plia
les caractères imprimés et d'une pichenette solennelle
en fit des confettis que la lumière constelle.
Evanouies sous ses yeux dans les ciels impassibles il
ne resta que lui et la Poésie.


Il est un enfant sans âge qui se promène sur les
sentiers du rêve. Dans ses yeux brillent d'éternelles
dentelles et des duels de sabres à la lueur des
candélabres.


Il est un funambule glissant sur des bulles sur le
point d'éclater de rires. Il est un somnambule aussi
filant des métaphores dans le labyrinthe des nuits.


Il est un oiseau rare qui joue aux jeux des sept
miroirs tournant sur eux-même et se réfléchissant à
l'infini dans le ciel.


Il est un homme seul et peuplé. Perdu dans une foule
d'inconnus démasqués et de familiers méconnaissables.
Epuisés ses secrets résignés s'égrénent derrière qui
forment des parterres de sable. En souvenir la rose
s'élève et repose dans son ciel immuable. La rose
n'aura jamais perdu sa fraîcheur et ses premières
couleurs. L'homme la contemple depuis les siècles des
siècles sous le soleil, les yeux mouillés de pluie, le
coeur réjouis pour l'éternité.

10.3.05 23:23


Appelez-le comme vous voulez

C’était hier

Hier les rires francs
Hier les vols de cerf-volants
Hier les romans

On ne sort guère plus
On ne couche plus en mer

La belle étoile s’est éteinte

La douleur enferme dans ses placards les noms de la peur
Les pleurs ignorent leurs malheurs

Les rêves ont perdu la trace de leurs refuges

C'était hier

Hier les idées folles
Hier les moissons frivoles
Hier les envols

On ne s'ennivre plus
On ne boit plus la coupe

Les montagnes se font toutes petites

Le soleil ne luit plus qu'en de rares occasions
Le matin ouvre difficilement les yeux

La volonté à genoux mord la poussière

C'était hier

Et déjà on ne se souvient plus

Tous les jours sont l’hiver
Toutes les traverses des déserts
Les yeux tendent leurs mains
Les mots les menottent mesquins

J’étais hier

Entendez les vieilles larmes coulées
Entendez comment en arrêter le flot
Sur le fil tendre de la pensée les étendre
J’ai un sac plein de pinces à lymphe pour les sécher
J’ai des histoires carrées de soie de lavande

Ecoutez les derniers mots avant que je ne vous rate en
montant les marches du train
Filles d’hier et d’aujourd’hui
Attention à l’eau des gares roses
Aux puits sans fond qui en dispensent
Aux puits sans âmes en partance

N’attirez pas sur les quais les miséreux de l’errance
Poseurs de puits en chien de faïence
N’attendez pas sur la margelle d’un puit posé sur les
quais des misères
Salles d’attente sans destination

Ceux-là qui veulent tout et rien en même temps
Ceux-là qui filent le temps en pelote de comptoir

Des Peter Pan de terre aux ailes de plomb

Recouvrez la dentelle de vos chairs sans plus tarder
Portez des étoffes écrin du corps
Décrochez de vos regards les étoiles synthétiques
De votre oreille l’or qui n’a pas dans les rivières fait
pleurer vos mains et saigner la plante de vos pieds
Cassez vos miroirs
ces pièges de sables donnent des airs hautains
Un teint sans tain

Fermez les yeux. Ouvrez-les grands.
Qu’ils ne clignotent feux de circulation
Les filles font ça sans s’en rendre compte
devant les vitrines
devant des dindons pour se mirer dans l’huile de leurs
yeux
Gare ! car ils se marrent de leurs prochaines farces !

Sachez
leurs regards ne réfléchissent pas

En attendant le fameux train…

Les proies assoiffées tombent dans les puits plus
sûrement que la pierre en colère

A force de se vouloir trop visible on se placarde à vie
de recherche

Les puits n’ont pas d’écho

Ne vous y pencher pas trop

Le reflet dans son eau qui guette ne dort pas sous la
roche

Sachez
les vrais princes ont une valise sous le bras
toujours prêt à bondir
au-dessus des barreaux de foules inertes
au-dessus de barbelés même haut de cent mètres
Ils portent une jaquette rapiécée aux doublures cousues
de fil d’or
Ils sont amis des chevaux et marchent à leur côtés
Ils sont difficiles à interpeller
tellement ils sont concentrés à regarder devant
à trier soigneusement les trésors glanés en pensée en
passant
Ils gardent dans leurs poches les mouchoirs des vos
chagrins d’antan
pour se réchauffer les doigts et le sang
Ils ont les yeux infiniment blonds et vastes comme des
plaines sans mouton
Des diamants plein la bouche les rares fois où les mots
passent les continents de leurs lèvres
Un regard ourlé de poèmes
Un regard qui change de couleur
avec le ciel avec le rire
Ils ont le visage de la juvénile liberté des anges
Ils sont rares
Ils habitent des chaumières mansardées des villes
Ils espèrent Une
Une fille d’espérance
Qu’une.
Les vrais princes ont sur eux leur ticket de train

Ne rater pas le train de la liberté
Le train que l’on prend pour la dernière fois
Celui-la qui ne traverse qu’une fois des gares les
aurevoir
Celui qui rend la fumée à la ville
Celui qui laissent leurs abois aux chiens vagabonds
Celui-là qui fend les arbres, les ciels, les larmes
plaquées aux vitres séchées aux lendemains de soleil

Il est encore tant
Il faut y aller

Vous êtes l’unique copie de vous-même
Ne cherchez pas à vous ressemblez
Il faut s’oublier pour retrouvez son chemin

Partez !

Qu’est-ce que vous attendez ?

La vie est devant

La mort est derrière

Les cortèges en consigne bagages de liège sont mirages
Les souvenirs dévisagent le départ sans regret
Les années se déshabillent enfin amantes du destin

N’importe quel train sera le bon
N’importe quelle direction sera un pont
Loin des eaux stagnantes quittez les quais

Montez

26.3.05 03:32


Maya rêve

Tu es un rêve vivant mais un rêve impossible

Pourtant une illusion dure plus sûrement que la chair
Plus sûrement qu’un été, plus bruyante qu’une auberge
Pourtant je ne l’ai croisée qu’une fois sûrement
Deux fois même mais cette fois je la garde pour moi
Pourtant l’illusion hante-t-elle les rêves est-ce
possible
La chair réagit-elle au rêve de l’illusion
Tu es sûrement une illusion de plus
Je fais deux fois mon rêve pourtant
La chair de l’été est pourtant moins bruyante qu’une
auberge
La chair d’une illusion plus sûre qu’un rêve sûrement
L'illusion plus vivante que du rêve la cible pourtant
Ma foi je rêve une impossible auberge à l'orée d'une
illusion
Sûrement et pourtant
Cette illusion je la garde pour moi c’est la chair d’une
foi
1.4.05 14:38


Envolée




Au début était le premier cri: la Vie

Puis vint se pencher sur son berceau: Fabulius et son
cortège d'amis
Et le nouveau né n'en aura rien vu
S'ensuit ce que nous avons tous en commun: l'Ahurissement
Pour certains l'Intégration
Pour d'autres l'Hors la Loi


Parce que rien ne nous est donné d'emblée
Puisque la vie se joue sur un tapis vert
Et que presque tout se monnaie, se dérobe, se vole
Même l'insolite, même l'amour, même le rêve
Surtout la liberté
Je fais un pied de nez à vos grimaces
Je tourne le dos à vos sourires décrochés
Je passe mon chemin
Je n'emprunte plus les vôtres
Vous mes prochains, vous que j'ai aimé plus que moi-même
Vous me montrez que la peine ne vaut pas
Que la peine est capitale et menace de mort
Voyez le résultat, je suis à la limite de ne plus croire
Mais je ne me ferai pas avoir
Pour vous une mer de fleurs
A moi le sillage des nuages, les danses de la pluie
Et plus jamais la guerre sociale
Je suis bonne princesse
Que s'élèvent mes châteaux de mirages
Ils valent bien vos images.
22.3.05 02:28


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