Jasmin
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Poème à la mer
Inconditionnel, ton coeur est beau et vaste et chaque
étoile peut se mirer dedans
Tandis qu'en secret tu sécrètes un dessein unique pour
tous
Tu roules nos flancs et nous donnes à boire de restes de
nuages
Parfois calme et sans vent
Tu regardes s'agiter la tempête des hommes
et balayes d'une vague vague leurs chagrins ruisselants
Tu ne te laisses pas amadouer par quelques gouttes
d'épuisement ni même par les naufrages qui tu sais
précédent les naissances
Tu portes les bancs de poissons, la multitude de marins
et l'infini du ciel
Embarcation infime, je me plaindrais de ne savoir pas
encore bien naviguer?
Ma mer
Ne m'en veux
La tasse n'est pas trop salée à mon goût
Tu me berces depuis tant d'années sans que je n'aie su
m'éveiller de mon sommeil d'enfant
Et il est bien temps que ton sel les yeux me piquent et
les ouvrent
Mes larmes dessinent des rides de joie sur ton corps
Annonçant un seul ininterrompu transport
Que tu coules d'une eau douce sur nos désirs
En suivant la courbe folle de nos émois
Que l'on aille sur toi d'un pied ferme
En suivant la route de tes courants bienveillants
Le jour vient où fièrement nous porterons la mer dans
l'amour de nos bras.
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Histoire d'un paysage
Je n'ai pas voulu m'empêcher de donner l'asile, en mon asile - du reste ce qui peut se faire de plus correct et inespéré pour un sans-patrie - coin d'ombre, disais-je, à ces deux arbres enlacés.
Ils auraient été paysans, en d'autres temps, et c'est en travaillant la terre, assidûement, la soignant comme ils eurent fait d'une mère, qu'ils se croisèrent au soleil montant.
Ils comblèrent, l'un l'autre, leurs moitiés retrouvées, sans fastes, sans autres témoins que la rangée de piloselles surplombant les vagues des sillons et les passiflores tapies dans les buissons.
Alors qu'ils s'apprêtaient à reprendre leur tâche, ils échangèrent leurs outils, l'un rajusta le voile de l'autre, l'autre épongea le front de l'un, et chaque jour recommençait par l'aiguillon du besoin, tendu en signe de don.
Au soleil couchant, ils versaient, d'une seule main, leurs libations vers la Terre, où je devine, à présent, les oiseaux mêlés à leurs branches emmêlées, qui tant font défaut, faute de temps, faute d'idées, foi prise en faute, aux plaines silencieuses de la pensée.
Je me racontais cette histoire, les nuits d'innocence, en m'endormant.
Il en reste quelques bribes, intactes, irréductibles, pour les jours avec et pour les jours sans: " Tout amour lié à un contenu défini est éphémère; tout amour qui n'a pas de contenu est infini".
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Ô rage !
Orage ! De ta gloire fends! les airs viciés de la ville ! Abreuve ! les visages pâles et ces mines petites ! Lave-moi de ces mirages sales de la colère couleur des sables ! Descends des arbres ! De trombes plus fort les corps agacent ! Tonne ! Gronde! les filles passages ! Trace le trait éclair épaisse poudre d'eau ! Dilue l’élue lumière d’averses gouttes de verre ! Tournoie ! Flambe ! De la place ! Que les démons de guerre lasse peaux gisent poussières ! Vibre ! Vibre ! Que je sonde ta voix par les ondes ! Inonde les terres ! Frémir faire filles rondes ! Une rigole puis deux puis toi puis infini ! Fiers roulis de flancs puissants dessous les hanches tangue! Sur le bitume les façades et les gares coule les siècles ! Peuples Pitiés debouts courbe dessous courroux oracle ! Je t’aime pas peur je me condense ! Je marche les yeux fermés mon phare ! J’ai même pas peur je veux qu’on danse ! Des humides guirlandes de chaleur coulons la transe ! Liquidons cette terre ! Rage en foi refuyons ! Nous nous creuserons un lac dune d’or ! A la belle étoile, ivre vitrail, seules, les âmes tremblent ! Viens… quittons le soleil ensemble ! Bruine fête s’annonce ! Filets d’argent ! Sifflets de vent ! Sous ton aile fluide glisse le parfum des demoiselles ! A l’ombre voir allons ce spectacle d’ombrelles Ecoute… La tôle viole les sommeils Les feuilles languides se pâment, l’émail d’écorce luit Ta grâce brille les métaux, les pierres et les champs de mer Fondre fais-moi eau, haut vers d’où tu tombes Toi et moi voyage nuages en métisse ballade
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Il est un très vieux monsieur se découvrant sur le passage des fées et des jeunes filles égarées. Dans son chapeau il recueille leurs larmes et puisant dans leurs âmes en retire un sourire.
Il est un très vieux singe rompu aux arts de la grimace dont le souvenir vous pourchasse. D'une pirouette il fait tourner les têtes. Et pris de tournis lui aussi, se répète.
Il est un drôle de crocodile parfois qui croque Odile.
Il est un vieux poisson se faufilant parmi les méandres des passions. D'une nage agile et vivace il charme des sirènes et jamais ne s'en lasse et jamais ne s'enlace. Incrédule il ondule et il passe.
Il est un malin renard qui jamais de la ruse ne mésuse mais quand les gestes et les mots abusent son sourire carnassier vous cloue comme du papier, sa métis fuse et vous refuse.
Il est un vieux loup blanc hurlant à la mort sur les hauteurs des steppes où l'air se raréfie. Un loup errant par les couloirs du temps montrant sa patte blanche à la vie.
Il est un ancien chameau qui traversa les continents désolés et glaçés et les contrées arides et sauvages. Sur le chemin rien ne lui a échappé, au front ses rides ont les contours de ces paysages. Assoiffé, à maints mirages de palmeraies il avala les eaux venimeuses. Loin de succomber en les zones dangereuses il en fut fortifié.
Il est un vieux briscard aux sourires goguenards qui a le don de raconter de drôles d'histoires qui font pleurer de rire au matin et rire de ses pleurs le soir.
Il est un vieux professeur familier des très vieux livres. Un jour il otâ ses lunettes puis éteignit une dernière fois entre ses doigts la flamme de sa bougie. Du papier fin des reliques, du vieux parfum des anciens, des théories philosophiques, il lia et plia les caractères imprimés et d'une pichenette solennelle en fit des confettis que la lumière constelle. Evanouies sous ses yeux dans les ciels impassibles il ne resta que lui et la Poésie.
Il est un enfant sans âge qui se promène sur les sentiers du rêve. Dans ses yeux brillent d'éternelles dentelles et des duels de sabres à la lueur des candélabres.
Il est un funambule glissant sur des bulles sur le point d'éclater de rires. Il est un somnambule aussi filant des métaphores dans le labyrinthe des nuits.
Il est un oiseau rare qui joue aux jeux des sept miroirs tournant sur eux-même et se réfléchissant à l'infini dans le ciel.
Il est un homme seul et peuplé. Perdu dans une foule d'inconnus démasqués et de familiers méconnaissables. Epuisés ses secrets résignés s'égrénent derrière qui forment des parterres de sable. En souvenir la rose s'élève et repose dans son ciel immuable. La rose n'aura jamais perdu sa fraîcheur et ses premières couleurs. L'homme la contemple depuis les siècles des siècles sous le soleil, les yeux mouillés de pluie, le coeur réjouis pour l'éternité.
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Appelez-le comme vous voulez
C’était hier
Hier les rires francs Hier les vols de cerf-volants Hier les romans
On ne sort guère plus On ne couche plus en mer
La belle étoile s’est éteinte
La douleur enferme dans ses placards les noms de la peur Les pleurs ignorent leurs malheurs
Les rêves ont perdu la trace de leurs refuges
C'était hier
Hier les idées folles Hier les moissons frivoles Hier les envols
On ne s'ennivre plus On ne boit plus la coupe
Les montagnes se font toutes petites
Le soleil ne luit plus qu'en de rares occasions Le matin ouvre difficilement les yeux
La volonté à genoux mord la poussière
C'était hier
Et déjà on ne se souvient plus
Tous les jours sont l’hiver Toutes les traverses des déserts Les yeux tendent leurs mains Les mots les menottent mesquins
J’étais hier
Entendez les vieilles larmes coulées Entendez comment en arrêter le flot Sur le fil tendre de la pensée les étendre J’ai un sac plein de pinces à lymphe pour les sécher J’ai des histoires carrées de soie de lavande
Ecoutez les derniers mots avant que je ne vous rate en montant les marches du train Filles d’hier et d’aujourd’hui Attention à l’eau des gares roses Aux puits sans fond qui en dispensent Aux puits sans âmes en partance
N’attirez pas sur les quais les miséreux de l’errance Poseurs de puits en chien de faïence N’attendez pas sur la margelle d’un puit posé sur les quais des misères Salles d’attente sans destination
Ceux-là qui veulent tout et rien en même temps Ceux-là qui filent le temps en pelote de comptoir
Des Peter Pan de terre aux ailes de plomb
Recouvrez la dentelle de vos chairs sans plus tarder Portez des étoffes écrin du corps Décrochez de vos regards les étoiles synthétiques De votre oreille l’or qui n’a pas dans les rivières fait pleurer vos mains et saigner la plante de vos pieds Cassez vos miroirs ces pièges de sables donnent des airs hautains Un teint sans tain
Fermez les yeux. Ouvrez-les grands. Qu’ils ne clignotent feux de circulation Les filles font ça sans s’en rendre compte devant les vitrines devant des dindons pour se mirer dans l’huile de leurs yeux Gare ! car ils se marrent de leurs prochaines farces !
Sachez leurs regards ne réfléchissent pas
En attendant le fameux train…
Les proies assoiffées tombent dans les puits plus sûrement que la pierre en colère
A force de se vouloir trop visible on se placarde à vie de recherche
Les puits n’ont pas d’écho
Ne vous y pencher pas trop
Le reflet dans son eau qui guette ne dort pas sous la roche
Sachez les vrais princes ont une valise sous le bras toujours prêt à bondir au-dessus des barreaux de foules inertes au-dessus de barbelés même haut de cent mètres Ils portent une jaquette rapiécée aux doublures cousues de fil d’or Ils sont amis des chevaux et marchent à leur côtés Ils sont difficiles à interpeller tellement ils sont concentrés à regarder devant à trier soigneusement les trésors glanés en pensée en passant Ils gardent dans leurs poches les mouchoirs des vos chagrins d’antan pour se réchauffer les doigts et le sang Ils ont les yeux infiniment blonds et vastes comme des plaines sans mouton Des diamants plein la bouche les rares fois où les mots passent les continents de leurs lèvres Un regard ourlé de poèmes Un regard qui change de couleur avec le ciel avec le rire Ils ont le visage de la juvénile liberté des anges Ils sont rares Ils habitent des chaumières mansardées des villes Ils espèrent Une Une fille d’espérance Qu’une. Les vrais princes ont sur eux leur ticket de train
Ne rater pas le train de la liberté Le train que l’on prend pour la dernière fois Celui-la qui ne traverse qu’une fois des gares les aurevoir Celui qui rend la fumée à la ville Celui qui laissent leurs abois aux chiens vagabonds Celui-là qui fend les arbres, les ciels, les larmes plaquées aux vitres séchées aux lendemains de soleil
Il est encore tant Il faut y aller
Vous êtes l’unique copie de vous-même Ne cherchez pas à vous ressemblez Il faut s’oublier pour retrouvez son chemin
Partez !
Qu’est-ce que vous attendez ?
La vie est devant
La mort est derrière
Les cortèges en consigne bagages de liège sont mirages Les souvenirs dévisagent le départ sans regret Les années se déshabillent enfin amantes du destin
N’importe quel train sera le bon N’importe quelle direction sera un pont Loin des eaux stagnantes quittez les quais
Montez
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Maya rêve
Tu es un rêve vivant mais un rêve impossible
Pourtant une illusion dure plus sûrement que la chair
Plus sûrement qu’un été, plus bruyante qu’une auberge
Pourtant je ne l’ai croisée qu’une fois sûrement
Deux fois même mais cette fois je la garde pour moi
Pourtant l’illusion hante-t-elle les rêves est-ce
possible
La chair réagit-elle au rêve de l’illusion
Tu es sûrement une illusion de plus
Je fais deux fois mon rêve pourtant
La chair de l’été est pourtant moins bruyante qu’une
auberge
La chair d’une illusion plus sûre qu’un rêve sûrement
L'illusion plus vivante que du rêve la cible pourtant
Ma foi je rêve une impossible auberge à l'orée d'une
illusion
Sûrement et pourtant
Cette illusion je la garde pour moi c’est la chair d’une
foi
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Envolée
Au début était le premier cri: la Vie
Puis vint se pencher sur son berceau: Fabulius et son
cortège d'amis
Et le nouveau né n'en aura rien vu
S'ensuit ce que nous avons tous en commun: l'Ahurissement
Pour certains l'Intégration
Pour d'autres l'Hors la Loi
Parce que rien ne nous est donné d'emblée
Puisque la vie se joue sur un tapis vert
Et que presque tout se monnaie, se dérobe, se vole
Même l'insolite, même l'amour, même le rêve
Surtout la liberté
Je fais un pied de nez à vos grimaces
Je tourne le dos à vos sourires décrochés
Je passe mon chemin
Je n'emprunte plus les vôtres
Vous mes prochains, vous que j'ai aimé plus que moi-même
Vous me montrez que la peine ne vaut pas
Que la peine est capitale et menace de mort
Voyez le résultat, je suis à la limite de ne plus croire
Mais je ne me ferai pas avoir
Pour vous une mer de fleurs
A moi le sillage des nuages, les danses de la pluie
Et plus jamais la guerre sociale
Je suis bonne princesse
Que s'élèvent mes châteaux de mirages
Ils valent bien vos images.
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